jeudi 17 janvier 2013

Ouate de cellulose et sel de bore : en attendant moins pire.



Depuis deux ans, les isolants en ouate de cellulose sont placés au coeur d'un débat passionné fondé sur des soupçons de risques sanitaires liés aux produits utilisés dans leur traitement, comme les sels de bore et les sels d'ammonium. Tant et si bien qu'il est difficile d'y voir clair dans les arguments des soutiens et opposants de la filière. Voici la chronique d'un sac de noeud qui ne démêle pas tout, mais qui explique pourquoi c'est emmêlé pour permettre à chacun de se positionner.



Initialement parée de toute les vertus, la ouate de cellulose était un isolant promis à un bel avenir : fabriquée à partir de papier, consommant près de dix fois moins d'énergie grise qu'un isolant polystyrène pour une résistance thermique équivalente aux laines minérales, elle constituait la solution idéale pour un chantier vert soucieux de performance thermique. Soufflée, elle pouvait se répartir uniformément en mur fermé ou en comble, assurant une isolation uniforme.

Mais c'était sans compter ses défauts : résistante au feu, à la moisissure, aux rongeurs et aux insectes nécessite un traitement chimique qui a reposé pendant plusieurs années essentiellement sur le sel de bore. Un adjuvant classé dans la directive européenne "biocide" d'août 2011 et interdit pour cet usage...Uniquement. Cette restriction a permis aux constructeurs de continuer à utiliser le sel de bore en tant que retardateur au feu, en le complétant d'autres adjuvants pour traiter les autres aspects de la protection.

Initalement la CCFAT, (Commission chargée de formuler des avis techniques en France)  n'a pas été très sensible à cette contorsion juridique. Bien que cette commission sache mieux que quiconque que le secteur du bâtiment manque cruellement de solutions pour le traitement au feu de produits initialement fragiles,  elle suspend ses avis techniques en juin 2012 et les retire définitivement trois mois plus tard. Conséquence : les isolants à base de ouate de cellulose traités au sel de bore peuvent continuer à être appliqués mais pas sur des chantiers requérant un avis technique. Dans ces cas, l’entreprise assume seule "sans filets" les conséquences de sa mise en oeuvre. Face à cette décision, les fabriquants qui disposaient d'avis favorable d'application courant jusqu'en 2013 ne savent plus sur quel pied danser et se mettent à soupçonner l'intervention en sous-main des majors de l'isolant traditionnel pour leur couper l'herbe sous le pied. En retour, il leur est reprocher de vouloir cacher la vérité sur leurs produits de traitement avec en mémoire, le drame, loin d'être soldé, des isolants à base d'amiante.

Bref, difficile d'y voir clair dans le débat. Les prescripteurs, architectes, maître d'oeuvres, s'en remettent à leurs entreprise aussi embarrassées qu'eux, ou recherche des solutions alternatives : laine de bois ? Cher. Laine de mouton ? Encore plus cher, et traitée, elle aussi. Laine de chanvre ? pénible à appliquer, avec un bilan écologique très moyen chez les grandes marques qui disposent d'avis technique. Laines minérales ? Bilan d'énergie grise, fibres persistantes.

Pour autant, les transformateurs de la cellulose ne sont pas restés les bras ballants face au statut quo. Dans le courant de l'année 2012,  certains ont  commercialisé des ouates de celluloses estampillées "sans sel de bore", un peu à l'image des régimes à l'aspartame (donc sans sucre). Quel palliatif dans le cas de la ouate de cellulose ? Les sels d'ammonium. Un produit qui a la fâcheuse tendance à produire de l'ammoniac en cas d'humidité ou de forte chaleur, comme dans le cas d'un incendie. Un risque pas franchement hypothétique qui a conduit Georges Debiesse, président de la CCFAT, à parler "d'une épidémie d’émission de gaz ammoniac dans des habitations isolées avec de la ouate de cellulose aux sels d’ammonium" (Le moniteur 14/01). Son alerte s'est trouvée rapidement relayée par la Fédération française du bâtiment (FFB) et par l'Agence Qualité Construction (AQC), dans un communiqué daté de ce mois-ci ciblant des "risques sanitaires  [devant] être pris en compte au cours des différentes étapes du cycle de vie du matériau".

En même temps, on ne peut pas reproche à la filière de faire de l'obstruction : structurés en syndicat européen ,l'ECIMA, les fabriquant ont été parmi les premiers à pointer du doigt les risques dans le temps des produit sa base de sels d'ammonium. On peut toutefois soupçonner une évidente précipitation à recherche un paliatif au sel de bore.

Sur ces bases, l'horizon s'annonce bien sombre pour l'isolant phare de la vague verte, singulièrement rembruni par ces aléas de traitement fleurant bon l'oeuf pourri.

Heureusement pour les fabriquants, il y a REACH. REACH pour règlement sur l'enregistrement, l'Evaluation, l'Autorisation et les restrictions des substances CHimiques. Un règlement européen déstiné à "faire porter à l'industrie la responsabilité d'évaluer et de gérer les risques posés par les produits chimiques et de fournir des informations de sécurité adéquates à leurs utilisateurs". REACH, donc, autorise l'acide borique en traitement des isolants. Cerise sur le gâteau : les dosages inférieurs à 5.5% en masse de produit peuvent même se passer d'étiquetage.Un dosage suffisant pour la protection au feu.

En ressortant cet argument de la naphtaline (REACH, règlement controversé, date de 2007) la filière s'offre une bouffée d'oxygène, voit les sels de bore à nouveau autorisés et ses avis techniques à nouveau réactivés depuis le 6 novembre 2012...Jusque en juin 2013 uniquement. Le sel se bore est-il plus fréquentable qu'il y a deux ans ? Non, puisqu'il reste classé dans la directive européenne "biocide" d'août 2011. Comme pour beaucoup de produits, REACH s'est contenté de considérer un seuil d'alerte permettant la poursuite de son utilisation dans certaines conditions. Ainsi avec REACH, c'est le régime du "pas vu pas pris" qui prime aujourd'hui, dans la mesure où le client comme le prescripteur n'ont plus accès aux éléments d'information sur la composition chimique du produit isolant. La CCFAT ne s'embarrasse d'ailleurs même pas de ces faux semblants, puisqu'elle justifie la remise (provisoire) sur le marché des produits traités au sel de bore "Pour ne pas mettre la filière ouate de cellulose en danger"; Georges Debiesse, son président, précisant que [les sels de bore] disparaitront à nouveau lorsque les fabricants auront trouvé une nouvelle formule fiable à base de sel d’ammonium" (le moniteur 14/01).

Bref : le risque lié au sel de bore dans la ouate de cellulose sera avéré le jour où l'on aura trouvé un paliatif moins pire que le produit d'origine.

A partir de là, chacun prend ses responsabilités. Honnêtement je ne voudrais pas être à la place des fabriquants qui doivent bien se gratter la tête dans ce régime entre deux eaux. Je pense particulièrement à ceux qui s'étaient engagés dans la filière en raison de sincères motivations environnementales. De même, la position de la CCFAT paraît délicate.

La position du prescripteur que je suis est plus confortable et se résume en deux mots : principe, précaution.

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